07/02/2010

"La cave", extrait de "Changements" (sorti en novembre 2009)

Premier jour

 

Pour la première fois depuis 35 ans, Martine Xavier put faire la grasse matinée. Car, pour la première fois depuis 35 ans, François ne l'avait pas réveillée par ses hurlements ! Martine s'étira et se frotta les yeux. Huit heures ! Elle avait donc dormi près de dix heures d'affilée ! Elle se leva et tira les tentures. Dehors, le soleil brillait et la journée promettait d'être belle...

 

Deuxième jour

 

Martine a commencé à nettoyer la chambre de François. Comme il ne reviendra plus, elle a décidé d'en faire une chambre d'amis. François ayant souvent été malade, elle n'avait pas d'autre choix que de la retapisser entièrement. Avec quelques plantes, la décoration serait parfaite...

 

Deuxième semaine

 

Martine s'est décidée à aérer la maison, même s'il gèle dehors. A force de rester à l'intérieur, elle n'a pas remarqué la légère odeur. Le boulanger, lui, l'a bien remarquée, par contre...

 

- Je me demande si vous n'avez pas un rat crevé dans votre grenier ou votre cave, Madame Xavier ! Il y a une drôle d'odeur ici !

 

- Ah ? Vous avez sans doute raison ! Ca fait un moment que je me demande d'où elle peut provenir, mais je n'ai rien trouvé...

 

Après avoir ouvert plusieurs fenêtres, Martine voulut en avoir le cœur net : elle grimpa jusqu'au grenier et commença à l'explorer. Le plancher était encombré de choses diverses : cartons de vieux livres, bibelots divers, meubles anciens dont elle ne se servait plus...

 

Une fouille minutieuse lui permit de découvrir l'origine de cette désagréable odeur : un hibou, mort sans doute depuis un bon moment et en état de décomposition...

 

Martine alla chercher un sac poubelle et y glissa le cadavre...

 

Deuxième mois

 

        - Je ne sais pas ce qui se passe chez Madame Xavier, mais il y a une de ces odeurs, je ne vous dis pas !  Au début, j’ai cru que cela provenait du champ derrière chez moi, mais j’ai dû me rendre à l’évidence : l’odeur provenait d’à côté…

 

        - Oui, c’est vrai que ça ne doit pas être agréable de vivre en permanence à côté d’une odeur pareille !

 

        - En même temps, je ne lui en veux pas : ça ne doit pas être évident pour elle de toujours s’occuper de François…

 

        - Oui… Pauvre Martine…

Troisième mois

 

        - Madame Laudry !  Quelle bonne surprise !  Que puis-je pour vous ?

 

        - Hé bien…  Ne le prenez pas mal, Madame Xavier, mais je crains qu’il y ait un animal mort chez vous.  Pour le moment, il ne fait pas encore trop chaud, mais d’ici un mois ou deux, ça deviendra tout bonnement intenable…

 

        - Ne vous inquiétez pas, je vais essayer de remédier au problème…

 

Cinquième mois

 

        - Madame Xavier ?  Lieutenant Vincent Moulin.  Nous sommes ici pour accompagner le service d’hygiène qui va procéder à une inspection de votre maison.  Des voisins se sont plaints de l’odeur et…

 

        Le policier n’eut pas le temps de terminer sa phrase : son collègue, pris de nausées et incapable de tenir plus longtemps à cause de l’odeur démentielle, courut vomir dans le caniveau…

 

        - Je crois qu’ils n’ont pas tout à fait tort… ajouta-t-il en souriant.

 

        Le lieutenant resta sur le bord de la porte – tant l’odeur était insoutenable – tandis que les ouvriers du service de l’hygiène pénétraient dans la maison, le visage recouvert d’un masque de protection…

 

        Quelques instants plus tard, l’un d’entre eux revint vers le policier, le visage écarlate.

 

        - Inspecteur, venez vite voir, c’est horrible !

 

Le lendemain, au commissariat

 

        L’inspecteur toussa et se tourna vers son interlocutrice :

 

        - Allez, Madame Xavier, expliquez-nous ce qui s’est passé…

 

        - Je ne pouvais plus le supporter, inspecteur.  Tous les jours, entendre ses hurlements.  Tous les jours être à sa disposition.  Je ne pouvais plus continuer comme cela, inspecteur !   J’ai essayé de le placer dans une institution, mais les places sont rares…  et j’ai fini par me décourager.  Cette nuit-là, il a encore lancé ses cris et… je ne sais pas ce qui m’a pris, mais je l’ai frappé… frappé avec tout ce qui me tombait sous la main.  A la fin, son visage n’était plus qu’une plaie béante.  Je l’ai descendu, non sans mal, à la cave.  La suite, vous la connaissez…

19:05 Écrit par Laurent Dumortier dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

J'aime beaucoup... la tournure que prend le roman... Je trouve qu'avec les dialogues, le livre est plus vivant... Et puis en lisant les premières lignes qui pourrait se douter de la suite ?...

Bonne semaine...

Julie

Écrit par : Petite Lune | 08/02/2010

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