02/11/2014

Du 1er novembre au 1er décembre, je participe à l'opération les auteurs de SFFFH francophones ont du talent

 

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La croisière

 

 

 

        Comme chaque année, j'avais participé, sans trop y croire, à la tombola organisée par l'association des commerçants de mon quartier. Mais, même si j'avais eu du mal à réaliser ce qui m'arrivait, j'avais bien dû me résoudre à admettre que j'avais gagné. Et pas l'un de ces improbables services de table, entièrement en plastique, offert en guise de lot parce que personne ne désirait s'en porter acquéreur...

 

        Au contraire, le numéro mentionné sur mon billet correspondait au premier prix, offert par une agence de voyage : une croisière d'une semaine, tous frais payés, aux Antilles...

 

        Disposant de pas mal de jours de congé et d'heures supplémentaires à récupérer, je n'avais pas hésité une seconde. Pendant que mes collègues allaient devoir affronter brouillards ou bruines, froid et humidité conjugués, j'allais tranquillement voguer au soleil...

 

        Du moins, c'est ce que je pensais...

 

        Le départ avait lieu un peu plus d'un mois après la proclamation des résultats, ce qui me laissait largement le temps de boucler mes dossiers en cours et de préparer mes bagages.

 

        Il faisait exceptionnellement beau le jour de l'embarquement et de nombreuses personnes se pressaient sur le quai, probablement la famille des passagers, les ayant accompagnés et désirant les saluer une dernière fois...

 

        Le bateau quitta le port et, au bout d'une heure, nous étions en pleine mer...

 

        L'heure du dîner étant arrivée, je me rendis au restaurant et m'installai tranquillement à la place qui m'avait été réservée.

 

        Au cours de la conversation entamée, j'en appris un peu plus sur mes voisins de table.

 

        Il y avait tout d'abord Thierry Delannay, propriétaire d'un restaurant spécialisé dans les produits marins ; Jacques Delvaux, un industriel ayant signé « le plus gros contrat de toute sa carrière »; monsieur et madame Auvertin et leurs enfants (qui étaient aussi excités que peut l'être un jeune chien) et enfin Agathe Windey, professeur d'université.

 

        La conversation n'avait tourné jusque là qu'autour de banalités, jusqu'à ce qu'Agathe lance celle-ci sur un sujet passionnant et passionné...

 

        - Savez-vous que nous passons par le triangle des Bermudes?

 

        - Ne me dites pas que vous croyez à ces sornettes ?

 

        - Disons que certains faits sont suffisamment troublants pour susciter l'intérêt.

 

        - Certes, mais de là à y croire...

 

        - Avez-vous une idée du nombre de bateaux et d'avions disparus dans cette zone ?

 

        - Oui, j'en ai entendu parler, mais l'avis des différents experts se rejoint sur un point : il s'agit vraisemblablement d'un phénomène électromagnétique ou météorologique qui dérègle les appareils.

 

        - Nous serons de toutes façons fixés dès demain !

 

        - Oui, nous serons aux premières loges en quelque sorte...

 

        Mais, contrairement â ce qu'Agathe espérait, rien de particulier ne se produisit, du moins jusqu'à ce que je surpris une conversation pour le moins insolite entre le commandant du paquebot et l'un de ses hommes…

 

        - Vous êtes certain de ce que vous avancez ?

 

        - Absolument certain. Soit nos instruments de bord sont complètement déréglés, soit…

 

        - Soit ?

 

        - Nous voguons sans direction déterminée... En clair, nous sommes perdus... La boussole est comme folle, elle semble ne plus pouvoir déterminer la position du Nord... Mais ce n'est pas tout...

 

        - Poursuivez...

 

        - Regardez le soleil, vous ne remarquez rien d'anormal ?

 

        - Ma foi...

 

        - D'après ma montre, il devrait être midi passé. Or, il semblerait que le soleil ait accumulé du retard : vu sa position, il serait à peine dix heures...

 

        - En effectuant les calculs manuellement, en tenant compte de notre vitesse, où devrions-nous nous trouver actuellement ?

 

        - Plus très loin de notre destination... Dans le... fameux triangle en fait...

 

        - Est-ce que...

 

        La conversation fut interrompue par un cri à l'avant du bateau.

 

        Non loin de nous, une sorte de tourbillon venait d'apparaître. Le commandant jura et ordonna que l'on fasse marche arrière afin de l'éviter...

 

        Tandis que les passagers se massaient à l'avant afin de voir l'étrange phénomène, un fait plus curieux encore se produisit : le niveau de l'eau semblait diminuer de plus en plus et le temps, clair jusque là, commença à se charger en brouillard…

 

        Si le calme avait régné jusque là, il n'en fut plus de même au moment où nous vîmes un navire se diriger vers nous. L'incrédulité céda rapidement la place à la terreur lorsque le drapeau hissé arbora une tête de mort...

 

        Malgré toute la puissance de notre paquebot, le bateau sorti de nulle part gagnait du terrain. Le comble de l'horreur fut atteint lorsque nous pûmes voir leurs visages : blafards, hideux et décharnés.

 

        La plupart des passagers présents sur le pont fuirent vers leurs cabines où ils s'enfermèrent à double tour...

 

        L'abordage eut lieu quelques minutes plus tard : des grappins furent jetés à destination du paquebot et les pirates — les spectres ? — grimpèrent rapidement à bord.

 

        L'équipage tenta, tant bien que mal, de les repousser, mais ils demeuraient insensibles aux balles tirées...

 

        En moins d'une demi-heure, le pont avant n'était plus qu'une gigantesque mare écarlate, mélange du sang des marins et de quelques passagers qui avaient essayé de leur prêter main-forte.

 

        L'intention des pirates était clairement de piller le bateau et de ne laisser aucun survivant à bord... Les femmes criaient et les enfants hurlaient, tandis que les lames des sabres sifflaient...

 

        J'étais parvenu à me dissimuler sous une bâche, non loin des cheminées. De ma cachette, je pouvais observer le déroulement des événements...

 

        En ayant apparemment terminé, les pirates quittèrent le navire et regagnèrent le leur, emportant leur butin...

 

        Le bateau pirate, tout comme le brouillard, disparut aussi mystérieusement qu'il était apparu...

 

        Cela fait maintenant 40 jours que ,'e suis à bord de ce navire, seul survivant de cette attaque. 17 me re.s e suffisamment de vivres z~our tenIr plusieurs mois'; voire une année-, .sz je raitzionne ..    uisse Di u f ar'e -r s' e que te p? is e regagner le terre t-ne ou c -r R ne vi e crci;5e rapidement ma route. J'az lit sensatzon de perdrepeu à yi eu. la raison…

 

Extrait de "Bruines" paru aux Editions Chloé des Lys : ici

 

 

 

18:14 Écrit par Laurent Dumortier | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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